Synology : une stratégie matérielle assumée, mais à quel prix ?

Synology recycle ses plateformes pendant des années, traîne des pieds sur les débits réseau et refuse de courir après la dernière puce à la mode. Beaucoup y voient un manque d’ambition, je pense que c’est une stratégie comme une autre. Mais ces choix ont un prix et ce sont les utilisateurs qui le paient depuis longtemps. Prenons un peu de recul…
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Une philosophie assumée

Synology n’a jamais cherché à sortir un produit avec la dernière innovation matérielle. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas un manque de sérieux de leur part. C’est leur ligne de conduite que le constructeur suit depuis des années. La priorité de Synology a toujours été de maîtriser le matériel et le logiciel, plutôt que de se lancer dans une course aux spécifications techniques qui font bien sur une fiche produit.

On peut évoquer l’épisode des processeurs Intel Atom C2000, qui a laissé des traces sur la réputation de fiabilité de certains NAS. Cependant, le problème venait du  fondeur, pas de Synology. Ce n’est donc pas vraiment un argument à charge contre sa stratégie matérielle, mais un accident industriel que le fabricant a dû gérer.

En revanche, Synology investit depuis le début dans le développement de son logiciel interne DSM, afin d’exploiter au mieux le matériel qu’il choisit. Le système est conçu pour ses NAS et non l’inverse. Il n’est pas rare de voir des NAS Synology encore mis à jour après huit à dix ans de service et avec des performances meilleures que ces concurrents avec des puces plus récentes.

Le vrai problème, c’est le décalage

Privilégier la stabilité à la performance brute, c’est un choix parfaitement défendable. Mais le problème, c’est plutôt le décalage avec le marché. Synology finit presque toujours par adopter les standards devenus incontournables (2,5 Gb/s, NVMe, nouvelle génération de processeur, etc.), mais avec plusieurs années de retard… Et lorsque la nouveauté arrive enfin, elle est au prix fort. Pire, certains choix s’accompagnent de contraintes supplémentaires, comme la restriction aux disques durs Synology sur certains modèles. Dans ce dernier cas, le fabricant a fait machine arrière. Il joue trop la prudence, parfois jusqu’à dépasser le seuil où cette prudence devient frustrante pour l’utilisateur.

On se rappellera son choix de ne pas intégrer de sortie HDMI sur ses NAS. Avec le recul, c’était plutôt pertinent. Les concurrents ont longtemps misé sur les fonctions multimédias, avant de devoir composer avec les problématiques de licences et de droits liés à certains codecs. Aujourd’hui, les fabricants ne proposent plus de paquet multimédia comme Kodi par exemple. Synology n’a pas pour autant échappé aux mêmes contraintes. La marque a dû désactiver l’accélération matérielle pour le transcodage des vidéos plutôt que d’assumer les coûts de licences et autres royalties.

Cela montre aussi un problème récurrent : la prudence peut être pertinente sur le long terme, mais elle est frustrante à court terme.

Le cas du 2,5 Gb/s

Prenons un exemple concret plutôt que de rester dans la théorie : le passage au réseau 2,5 Gb/s. Alors que la concurrence a commencé à mettre ce port réseau dès 2018, ce format s’est largement généralisés, y compris sur l’entrée de gamme. De son côté, Synology a fait attendre ses utilisateurs… Pendant des années, le constructeur ne proposait que du 1 Gb/s sur ss NAS. Il semblait plutôt passer vers le 10 Gb/s (notamment avec le DS923+), un demi-échec. Pourquoi ajouter une norme intermédiaire quand on peut passer directement à la suivante ? Dans la pratique, le marché a démontré que le 2,5 Gb/s répondait à un besoin concret. Pendant tout ce temps, les particuliers et certains professionnels réclamaient cette connectique sur les forums et dans les commentaires… en pointant du doigt une concurrence qui avait déjà largement pris de l’avance.

Le 2,5 Gb/s n’est pas un gadget marketing. Pour de nombreux usages, il permet de supprimer un goulot d’étranglement qui limitait les débits réels d’un NAS, peu importe sa puissance ou la vitesse des disques derrière. Synology avait le matériel capable de le faire depuis longtemps… ce n’était pas un problème technique, mais stratégique ou une histoire de priorités (voire de marges).

Suis-je légitime pour donner un avis ?

On me demande régulièrement mon avis sur ces choix. Je ne me considère pas forcément légitime pour trancher, même si je suis parfois critique envers Synology. Je comprends que certains décisions agacent, surtout lorsqu’elles viennent du leader du marché. Mais il faut aussi regarder les faits : les entreprises et les particuliers continuent d’acheter des NAS Synology, année après année, génération après génération, malgré les retards sur certaines caractéristiques matérielles. C’est bien la preuve que le sujet n’est pas uniquement une question de processeur, de mémoire ou de débit réseau. Les gens n’achètent pas un Synology pour son processeur ou pour son port réseau. Ils l’achètent pour DSM, sa stabilité, le support long terme et pour ne pas avoir à administrer une infrastructure informatique à plein temps. C’est là que Synology conserve une vraie longueur d’avance…

Si votre priorité est d’avoir le meilleur rapport performance/prix, les dernières normes et une liberté totale dans le choix des composants… la réponse est assez simple : montez votre propre machine. Avec une distribution comme TrueNAS, Unraid ou OpenMediaVault, sur du matériel choisi à la carte, vous aurez généralement davantage de puissance et de flexibilité. Vous saurez également exactement ce que vous achetez et pourrez faire évoluer votre configuration sans attendre que Synology adopte les standards du marché.

Mais vous devrez aussi accepter une autre réalité… c’est vous qui devrez gérer cette infrastructure. Et c’est précisément là que le modèle Synology prend tout son sens.

Ma position

Synology ne perd pas la course au matériel par accident. C’est un choix assumé, cohérent avec ce que le fabricant vend réellement : du logiciel, un écosystème et de la tranquillité, pas la meilleure fiche technique du marché. Mais ce choix a un coût pour les utilisateurs : certaines évolutions devenues standards arrivent avec plusieurs années de retard sans que le prix soit ajusté. On peut comprendre la stratégie sans pour autant l’applaudir. Ce sera ma position tant que Synology continuera de faire l’un sans corriger l’autre. Mais si le fabricant veut continuer à facturer ses NAS au prix fort, il doit aussi accepter que ses utilisateurs attendent un niveau d’équipement cohérent avec ce positionnement.

Le logiciel et l’expérience utilisateur justifient une partie du prix. Ils ne devraient pas servir éternellement de justification à tous les retards matériels.